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	<title>NGUIMFACK VOUFO Théophile, auteur/autrice sur Africonst</title>
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	<title>NGUIMFACK VOUFO Théophile, auteur/autrice sur Africonst</title>
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		<title>La légitimation du pouvoir par les urnes dans les régimes issus de la transition : quels enseignements tirer de la victoire du Général Mamadi DOUMBOUYA à la présidentielle du 28 décembre 2025 ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[NGUIMFACK VOUFO Théophile]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 23 Mar 2026 08:05:30 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Veille constitutionnelle]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Faut-il s’étonner de la victoire écrasante du Général Mamadi DOUMBOUYA à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 en République de Guinée ? Pareil sentiment semble inapproprié, tant le contexte politique en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale reste marqué par la reconversion presque systématique des autorités de transition en autorités démocratiquement élues au sommet de [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.africonst.com/2026/03/23/la-legitimation-du-pouvoir-par-les-urnes-dans-les-regimes-issus-de-la-transition-quels-enseignements-tirer-de-la-victoire-du-general-mamadi-doumbouya-a-la-presidentielle-du-28-decembre-2025/">La légitimation du pouvoir par les urnes dans les régimes issus de la transition : quels enseignements tirer de la victoire du Général Mamadi DOUMBOUYA à la présidentielle du 28 décembre 2025 ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.africonst.com">Africonst</a>.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[<p>Faut-il s’étonner de la victoire écrasante du Général Mamadi DOUMBOUYA à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 en République de Guinée ? Pareil sentiment semble inapproprié, tant le contexte politique en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale reste marqué par la reconversion presque systématique des autorités de transition en autorités démocratiquement élues au sommet de l’État. De fait, ce mécanisme d’accès au pouvoir politique a été récemment expérimenté avec succès au Tchad par le Général Mahamat Idriss DEBY ITNO à travers l’élection présidentielle du 06 mai 2024 et, au Gabon, par le Général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Ce « <em>savoir-faire</em> » des Généraux a naturellement inspiré les autorités de transition en Guinée et pourrait séduire celles du Niger, du Mali et du Burkina-Faso.</p>
<p>Comment rester insensible devant ces « <em>success stories </em>» caractéristiques de certaines transitions politiques en Afrique francophone ? Ce serait faire preuve d’amnésie intellectuelle, car il faut se garder à l’esprit que ces États se sont solennellement ralliés à la cause de la démocratie libérale depuis les transitions politiques de la décennie 1990. Au fond, ni le Gabon et le Tchad, ni la Guinée n’ont renié les fondements démocratiques de l’État pendant les transitions politiques récentes. Mais, à force de revivre ces mutations politiques contre-nature, le risque que l’on cesse de les questionner paraît de plus en plus élevé. Albert EINSTEIN nous prévient pourtant contre cette paresse intellectuelle lorsqu’il déclare : « <em>celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints</em> »<a href="#_edn1" name="_ednref1"><sup>[1]</sup></a>.</p><div class="jpw-truncate-btn"><div class="jpw_btn_wrapper"><div class="jpw_subscribe">
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		<title>Manifestations populaires à Madagascar et au Maroc : symptômes d’une crise de légitimité ?</title>
		<link>https://www.africonst.com/2025/12/26/manifestations-populaires-a-madagascar-et-au-maroc-symptomes-dune-crise-de-legitimite/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[NGUIMFACK VOUFO Théophile]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 26 Dec 2025 00:47:16 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Pratiques constitutionnelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Il n’est pas nouveau, encore moins étonnant que les populations d’un État s’insurgent contre leurs gouvernants quant à la gestion des affaires publiques. Dans une approche contractualiste des rapports gouvernants/gouvernés, le mandat par lequel le peuple investit ses représentants n’est valable que dans la mesure où ces derniers agissent pour satisfaire l’intérêt général. L’histoire des [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>Il n’est pas nouveau, encore moins étonnant que les populations d’un État s’insurgent contre leurs gouvernants quant à la gestion des affaires publiques. Dans une approche contractualiste des rapports gouvernants/gouvernés, le mandat par lequel le peuple investit ses représentants n’est valable que dans la mesure où ces derniers agissent pour satisfaire l’intérêt général. L’histoire des révolutions exprime cette idée de manière éclatante, les contestations populaires contribuant parfois à substituer des régimes démocratiques à ceux autoritaires. Toutefois, même dans des régimes dits démocratiques, il arrive que les autorités chargées de gérer la chose publique soient contestées en raison des manquements de la politique appliquée envers les populations, comme ce fut le cas à Madagascar et au Maroc au cours du second semestre 2025.</p>
<p>Dans ces deux États africains, des manifestations initiées en réaction au malaise social vécu par les populations, ont été alimentées par un mouvement contestataire global connu sous l’étiquette de génération Z, en abrégé Gen Z. L’on désigne sous cette dénomination les jeunes nés entre 1996 et 2010 et socialisés dès l’enfance dans un environnement profondément structuré par Internet, la généralisation des technologies numériques, le renforcement de la conscience écologique, l’instabilité des repères socio-économiques due aux crises économiques et sanitaires<a href="#_edn1" name="_ednref1"><sup>[i]</sup></a>. Sous la forme d’une nébuleuse cybernétique, la Gen Z s’est initialement constituée dans le cyberespace pour dénoncer la mal gouvernance dans des pays où la population majoritairement jeune subit de plein fouet le chômage et la misère<a href="#_edn2" name="_ednref2"><sup>[ii]</sup></a>. À travers des symboles issus de la culture populaire à l’instar du drapeau pirate de la série Manga <em>One piece</em>, les jeunes qui s’identifient à ce mouvement entendent combattre la corruption politique pour établir un nouvel ordre social dans un élan subversif.</p>
<p>À Madagascar, la population outrée par les pénuries d’eau et d’électricité avait résolu de descendre dans les rues pour exercer un droit fondamental, celui de manifester afin de réclamer de meilleures conditions de vie et une saine gestion du patrimoine public. Face à la montée en puissance de ce mouvement contestataire, les forces de maintien de l’ordre ont tenté de réprimer les manifestations en vain. Bien que le président de la République en poste ait démis le premier ministre de ses fonctions, les manifestants estimèrent ces mesures insuffisantes. Protégés par une faction de l’armée contre la gendarmerie nationale, le mouvement parvint à renverser le président de la République en exercice en le contraignant à l’exil. Le scénario ne fut pas identique au Maroc, bien que les causes soient semblables. Dans cet État d’Afrique du Nord, l’élément déclencheur des manifestations à partir du 27 septembre 2025 fut le décès en couches de 08 femmes à l’hôpital d’Agadir. Cet événement tragique semblait causé par la vétusté du plateau technique des hôpitaux et la négligence du personnel médical. Même si les manifestants ne pensaient pas remettre en question la légitimité du pouvoir monarchique, en revanche mettaient-ils en cause la responsabilité du gouvernement en raison de ses choix politiques et de la corruption.</p>
<p>À l’analyse des dynamiques qui sous-tendaient ces manifestations populaires au Maroc et à Madagascar, il apparaît que s’est installée une désaffection entre les populations et les gouvernants. Ce sentiment de rejet des autorités politiques posa un problème de légitimité des gouvernants dans l’exercice du pouvoir. La génération Z, plus sensible aux questions de redevabilité s’accommode mal d’un modèle de gouvernance politique enfermée dans les chaînes d’une logique partisane au sein de laquelle elle se trouve sous-représentée,  négligée et souvent incomprise. Du fait de l’usage intensif du numérique et des réseaux sociaux, elle s’adapte difficilement à une approche verticale de la gestion de l’État et préfère ‘approche par réseau dans l’expression des besoins et la détermination des choix politiques. Il est normal que cette génération soit mue par un désir ardent de participer à la gestion des affaires publiques, consciente de sa capacité à changer positivement la gouvernance de l’État.</p>
<p>Au demeurant, les manifestations populaires au Maroc et à Madagascar révèlent que la légitimité politique des gouvernants traverse une crise certaine, même si structurellement limitées, elles donnent l’occasion de repenser la démocratie en Afrique.</p>
<h3> <strong>I. Une légitimité en crise</strong></h3>
<p><strong> </strong>Au Maroc et à Madagascar, la légitimité politique n’a pas été en cause dans son acception originelle désignant la dévolution du pouvoir selon les traditions de la monarchie ou le principe désormais incontestable dans une République qu’est le suffrage universel. À l’analyse des griefs soulevés par les manifestants, il apparaît que la légitimité en cause renvoie à « <em>la manière dont le pouvoir est exercé et désigne soit la qualité du pouvoir exercé en accord avec la volonté populaire et conformément à la justice, soit la capacité du pouvoir à assumer ses responsabilités essentielles, l’indépendance du pays et la sécurité des citoyens</em> »<a href="#_edn3" name="_ednref3"><sup>[iii]</sup></a>.</p>
<p>Si l’on prend le volet relatif à l’exercice du pouvoir en accord avec la volonté populaire et conformément à la justice, il est évident que les autorités marocaines et malgaches ont failli dans leur mission, dès lors qu’elles ne parviennent pas à fournir à leurs populations des services publics de base tels que les hôpitaux, l’eau et l’électricité. Lorsqu’on aborde la légitimité dans le second volet se rapportant à la capacité du pouvoir à assumer ses responsabilités essentielles au nombre desquelles la sécurité des citoyens, il apparaît également que les manifestants reprochent aux autorités de laisser mourir les populations par négligence ou incompétence. Dans les deux cas, l’exercice du pouvoir politique semble dépourvu de la légitimité qui justifie son fondement et ruine la confiance des citoyens à l’égard des institutions publiques.</p>
<p>Sur la question du fondement, il faut convenir avec DIDEROT que le consentement des hommes réunis en société est le fondement du pouvoir, car celui qui ne s’est établi que par la force ne peut subsister que par la force<a href="#_edn4" name="_ednref4"><sup>[iv]</sup></a>. Qu’il prenne la forme d’un contrat ou d’un pacte social, ce qui importe, c’est le sentiment que doivent ressentir les populations d’un État qu’elles approuvent les décisions prises à leur égard par les gouvernants à un moment donné. Si ce consentement se concrétise au moment de l’investiture des gouvernants par le mécanisme du suffrage, il doit se prolonger dans l’exercice du mandat qui leur a été confié. Même dans les systèmes de mandat représentatif, il n’empêche que des mécanismes de révocation des gouvernants subsistent pour constituer un ultime rempart contre le détournement du pacte social à des fins de personnalisation du pouvoir. Il en va ainsi des mécanismes d’engagement de la responsabilité politique tels que l<em>’empeachment</em>, la motion de censure, le crime de haute trahison ou la levée des immunités des parlementaires.</p>
<p>Relativement à la confiance envers les institutions, celle-ci n’est maintenue que si les dirigeants ne détournent pas le pouvoir à d’autres fins que celles pour lesquelles il leur a été confié, à savoir assurer la cohésion sociale à travers la sécurité et le bien-être de la population. Lorsqu’il est avéré que la priorité dans l’ordre gouvernant est l’enrichissement personnel au détriment des populations, la conservation ou la personnalisation du pouvoir, il y a une rupture de confiance, alors que celle-ci doit servir de courroie de transmission entre gouvernants et gouvernés, l’autorité et l’obéissance. Cette rupture justifie les manifestations populaires dont l’objectif au Maroc et à Madagascar n’était pas seulement de réclamer les meilleures conditions de vie, mais davantage de se débarrasser de l‘élite politique au pouvoir. Il leur est reproché d’être déconnectés des réalités sociales et incapables de résoudre les véritables problèmes auxquels la jeunesse est confrontée. Mais, dans ce système verrouillé au sommet, les manifestations conduites sous l’égide de la Gen Z apparaissent comme une solution périlleuse.</p>
<h3><strong>II. Des manifestations périlleuses</strong></h3>
<p>Dès 1749, le terme manifestation prend en politique le sens d’un rassemblement ou démonstration collective publique d’une opinion<a href="#_edn5" name="_ednref5"><sup>[v]</sup></a>. À l’aube de la révolution française, cette signification devait prendre en compte la critique qui s’élevait progressivement contre les dérives autoritaires de la monarchie. Pour autant, le droit de manifester ne fut pas admis sans réserve.</p>
<p>De fait, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen du 26 août 1789 inscrivit la manifestation de ses opinions au nombre des droits inaliénables et sacrés de l’Homme, « <em>pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi</em> »<a href="#_edn6" name="_ednref6"><sup>[vi]</sup></a>. Certes, les limitations dont fait l’objet ce droit de manifester n’ont pas empêché au Conseil constitutionnel français, dans sa décision n°94-352 DC du 18 janvier 1995, de juger que la liberté de manifester est une composante majeure de la liberté d’expression. Or, l’on ne serait plus en démocratie si le peuple ne peut pas librement s’exprimer sur la gestion des affaires publiques, ni en République si les revendications de celui-ci sont systématiquement rejetées ou ignorées par les gouvernants. En admettant que le but des manifestations populaires est de protester contre la gestion de la chose publique par les autorités au pouvoir, les revendications doivent être portées à l’attention de ces autorités par les acteurs de la contestation dans une quête de solution.</p>
<p>Dans l’expérience récente du Maroc et de Madagascar, les manifestations populaires ont souffert de certaines défaillances congénitales. La première est liée à l’absence d’interlocuteurs fiables et capables de porter la voix du mouvement tant au sein de la population qu’à l’égard du gouvernement. Pendant sa période d’incubation sur les réseaux sociaux, les revendications n’avaient pas lieu d’être portées par un leader politique ou de la société civile. Le cyberespace est en réalité un espace de libertés plus ouvert que les lieux publics où se déroulent traditionnellement les manifestations. Certes, des restrictions y sont aussi appliquées aux fins d’éliminer des propos, images ou écrits contraires aux mœurs, à l’ordre public, mais sans que le but recherché soit prioritairement politique. Toutefois, les manifestations populaires doivent s’appuyer sur un ou plusieurs meneurs identifiés et qui sont censés donner les consignes à suivre par les partisans du mouvement. À défaut d’un tel leadership, les manifestations peuvent devenir incontrôlables ou déviées de leur objectif initial. Ces dérapages surviennent avec une intensité dangereuse d’autant plus que le contexte ambiant est celui d’une grande misère. Lorsque des violences surviennent, le mouvement de contestation perd en crédibilité du fait des actes de vandalisme causés par des pseudo manifestants qui profitent pour porter atteinte à la propriété d’autrui.</p>
<p>Au Maroc, les forces de maintien de l’ordre veillaient scrupuleusement à ce que le mouvement ne devienne complètement hors de contrôle, pendant que les autorités politiques s’évertuaient à apporter des réponses aux revendications. Les manifestants faisaient également preuve de responsabilité comme on pouvait l’attester à travers une certaine organisation et le mot d’ordre de suspension des manifestations à la veille du discours prononcé par le Roi pour faire part de ses propositions de réforme sociale. En privilégiant le dialogue qui sous-tend par ailleurs la reconnaissance aux populations du droit de manifester, la situation a été relativement maîtrisée. À travers son discours, le Roi a appelé le gouvernement à accélérer les réformes sociales et le développement local, en se concentrant sur l’éducation, la santé, la justice sociale et territoriale<a href="#_edn7" name="_ednref7"><sup>[vii]</sup></a>. Même si ce discours renvoie au Parlement et au gouvernement pour les mesures concrètes, il a néanmoins pu mener à la décrispation du climat politique.</p>
<p>À Madagascar, les manifestations populaires ont été sous-estimées par les pouvoirs publics. Il leur a sans doute échappé qu’il s’agit d’une arme redoutable en démocratie à travers lequel le peuple exerce directement la souveraineté. En optant pour la répression, les autorités se sont engagées dans un bras de fer qui devait conduire soit à l’exercice autoritaire du pouvoir face à une population paupérisée, soit à la fin du régime. Cette équation n’est pourtant pas simple, car les hautes autorités de l’État devaient avoir du mal à céder face à des manifestants inconnus de la scène politique. Il a fallu qu’une partie de l’armée soutienne ces manifestants contre des gendarmes qui avaient commencé à leur tirer dessus. Cette étape franchie, le président de la République après un moment de tergiversation a été contraint à l’exil.</p>
<p>La démission forcée du président de la République a révélé une autre défaillance des manifestations à Madagascar. En effet, les revendications n’étaient pas soutenues par une stratégie assortie de moyens de mise en œuvre ou capable de se substituer aux manquements des pouvoirs en place. Il en est ainsi parce que les manifestations populaires ont été spontanées, basées sur l’émotion et non une stratégie de conquête du pouvoir. Dans cette configuration, les revendications varient en fonction de l’évolution du contexte. Il pouvait y avoir un mémorandum politique, mais pas un programme politique détaillé et opérationnel. Cette désorganisation ne facilite pas l’initiation d’un dialogue politique avec les autorités politiques, étape pourtant nécessaire pour apaiser les manifestants. À partir de ce diagnostic, ne faut-il pas repenser la démocratie dans sa <em>praxis</em> en Afrique ?</p>
<h3><strong>III. Repenser la démocratie en Afrique ?</strong></h3>
<p>Il est révolu le temps où Georges BURDEAU pouvait affirmer que la représentation est une des plus parfaites constructions politiques dont puisse s’enorgueillir l’esprit humain<a href="#_edn8" name="_ednref8"><sup>[viii]</sup></a>. En effet, la démocratie représentative ne rassure plus ; elle est contestée de manière récurrente pour n’être pas suffisamment proche des principes dont elle se réclame tels que le bien-être du peuple et le respect de sa volonté<a href="#_edn9" name="_ednref9"><sup>[ix]</sup></a>.</p>
<p>À l’analyse des manifestations populaires organisées à Madagascar et au Maroc, les revendications des manifestants révèlent une déconnexion entre la gouvernance de l’État et les aspirations des populations. Précisément, au Maroc, l’on pouvait lire sur les pancartes des slogans tels que : « <em>Les stades sont là mais où sont les hôpitaux ?</em> ». De même, à Madagascar, l’on a vu apparaître sur les pancartes le message suivant : « <em>Ce mouvement a été mené pour ramener l’eau et l’électricité à Madagascar. Ici, on a à peu près douze heures de délestage par jour</em> ». Les populations ne réclament pas autre chose que les services sociaux de base dont la satisfaction constitue l’une des missions irréductible de l’État. C’est le sens même du mandat confié aux dirigeants politiques. Toutefois, les dysfonctionnements de la représentation ont incité à lui associer la démocratie participative qui aurait pu éviter au Maroc et à Madagascar des manifestations populaires parfois meurtrières.</p>
<p>Dans son acception générale, la démocratie participative comporte deux dimensions conciliables : « d’une part, celle qui s’intéresse avant tout à accroître la participation du citoyen au processus démocratique et la prise de décision, et d’autre part, celle qui cherche à faire révéler les citoyens, au travers de la discussion et de la confrontation publique des points de vue, d’une décision publique consensuelle »<a href="#_edn10" name="_ednref10"><sup>[x]</sup></a>. Mais, le rôle du citoyen peut aller au-delà de la prise de décision et intégrer la logique selon laquelle les populations doivent pouvoir intervenir directement dans la gestion de la chose publique. C’est seulement dans ces conditions que les citoyens peuvent effectivement supprimer une bonne partie des biais liés au mécanisme de la représentation politique. Il suffit de trouver des mécanismes adaptés et conciliables avec la démocratie représentative. Cet effort semble justifié si l’on se souvient de la prudence préconisée par MONTESQUIEU lorsqu’il écrivit : « le peuple est admirable pour choisir ceux à qui il doit confier quelques parties de son autorité. Mais, il n’est pas propre à se gérer lui-même ».</p>
<p>Pourtant, l’idée avait déjà été émise dès 1952 par Georges BURDEAU de migrer nécessairement vers ce qu’il qualifie de démocratie vivante par opposition à la démocratie classique<a href="#_edn11" name="_ednref11"><sup>[xi]</sup></a>. De son analyse, il faut admettre que la démocratie a dorénavant une assise sociale et non plus rationnelle, la volonté du peuple ayant une valeur positive en ce sens qu’elle s’impose autant pour obtenir que pour empêcher. Politiquement, renchérit-il, « la volonté se situe toujours là où est la force. Dans la démocratie du style IIIe République, elle est passée de l’exécutif aux Chambres qui le contrôlaient ; elle tend aujourd’hui à glisser de l’enceinte parlementaire au peuple réel ou aux groupes qu’il autorise à se réclamer de sa volonté. Les cadres constitutionnels n’enserrent que le vide ou servent d’alibi à des décisions qui sont prises ailleurs »<a href="#_edn12" name="_ednref12"><sup>[xii]</sup></a>.</p>
<p>Il en ressort que les dirigeants des États africains devraient prendre conscience des forces politiques multiformes au sein de la société et composer avec elles pour être certain de considérer toutes les sensibilités dans la gestion des affaires publiques. Au Maroc comme à Madagascar, l’absence de cette approche inclusive a valu une crispation du climat politique aux conséquences tragiques pour certains citoyens.<a href="#_ednref3" name="_edn3"></a></p>
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		<title>Lutte contre la corruption par les organes de transition au Burkina Faso et au Niger : un outil de légitimation politique ?</title>
		<link>https://www.africonst.com/2025/11/06/lutte-contre-la-corruption-par-les-organes-de-transition-au-burkina-faso-et-au-niger-un-outil-de-legitimation-politique/</link>
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		<dc:creator><![CDATA[NGUIMFACK VOUFO Théophile]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 06 Nov 2025 10:10:17 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Pratiques constitutionnelles]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>L’histoire est-elle en train de recommencer au Niger et au Burkina-Faso, pour autant qu’on se souvienne des nombreux gouvernements de transition constitués dans ces pays sur la base d’accusations de corruption contre les régimes en place et qui finissent par subir le même sort en raison des mêmes reproches de malversations financières au détriment de [&#8230;]</p>
<p>L’article <a href="https://www.africonst.com/2025/11/06/lutte-contre-la-corruption-par-les-organes-de-transition-au-burkina-faso-et-au-niger-un-outil-de-legitimation-politique/">Lutte contre la corruption par les organes de transition au Burkina Faso et au Niger : un outil de légitimation politique ?</a> est apparu en premier sur <a href="https://www.africonst.com">Africonst</a>.</p>
]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[<p>L’histoire est-elle en train de recommencer au Niger et au Burkina-Faso, pour autant qu’on se souvienne des nombreux gouvernements de transition constitués dans ces pays sur la base d’accusations de corruption contre les régimes en place et qui finissent par subir le même sort en raison des mêmes reproches de malversations financières au détriment de l’État ?</p>
<p>Il suffit d’indiquer qu’au Niger, l’ancien Président Issoufou MAHAMADOU fut baptisé « Issoufou, le bourreau des détourneurs des deniers publics »<a href="#_edn1" name="_ednref1">[i]</a>, lors de sa campagne contre le troisième mandat de Mamadou Tanja. Malgré les initiatives prises par ce dernier, notamment la création de la Haute Autorité de Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées (HALCIA) dès sa prise de fonction, le phénomène n’a fait que s’amplifier. Alors que Mohamed BAZOUM, l’un de ses soutiens qui l’a remplacé à la magistrature suprême a affirmé que son prédécesseur avait manqué de fermeté dans la sanction des pratiques de corruption, il n’a pas été exempt, lui aussi, de mêmes accusations comme en témoigne le nouveau programme de lutte contre la corruption engagé par le nouvel homme fort du pays, Abdourahmane TIANI. Il en va de même au Burkina-Faso où aux lendemains de la révolution initiée pour renverser Blaise Compaoré en 2014, l’un des actes majeurs pris par le Conseil national de transition fut la loi du 03 mars 2015 portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso. Modifiée le 26 juillet 2018, cette loi ne put arrêter la saignée financière causée par une corruption rampante au sein de l’Administration. Il n’est pas étonnant qu’un nouveau coup d’État ait prospéré dans ce pays et que les organes de la nouvelle transition mise en place depuis 2022 sous l’autorité du Capitaine Ibrahim Traoré fassent aussi de la lutte contre la corruption l’un des principaux cheval de bataille.</p>
<p>Dans ces deux États, l’un des mobiles sur lesquels les putschistes se sont appuyés pour renverser les régimes au pouvoir, c’est justement l’enrichissement illicite des autorités politiques et administratives. Ce phénomène se présente comme étant la principale cause de pauvreté et d’insécurité ambiantes qui gangrènent le quotidien des populations de ces États. Dans leur quête de légitimité, il est tout à fait normal que les organes de la transition s’érigent en défenseurs du peuple, s’attaquant ainsi aux causes de son malaise social, politique et économique dont l’une des manifestations est la corruption. Toutefois, la question se pose de savoir si les programmes de lutte contre la corruption sont-ils conçus et mis en œuvre de manière efficace et pertinente dans les transitions en cours au Niger et au Burkina-Faso. Il semble intéressant de rappeler les raisons qui motivent ces programmes de lutte contre la corruption, afin de mieux évaluer la pertinence de l’approche choisie par les organes de la transition, ainsi que son incidence sur l’avenir de ces transitions.</p>
<p><strong>1- Pourquoi les organes de la transition s’engagent-ils dans une lutte acharnée contre la corruption ?</strong></p>
<p><strong> </strong>Au regard de l’acharnement des organes de la transition à faire appliquer de nouveaux programmes de lutte contre la corruption au Niger et au Burkina-Faso, il est indéniable que cet aspect de la gouvernance de l’État pèse d’un certain poids dans la quête de légitimité engagée par les nouvelles autorités de transition. Cela paraît logique, car la transition n’aura de sens que si elle permet de corriger les tares sur lesquelles leurs auteurs se sont fondés pour réaliser le coup de force dans ces pays. Deux justifications sous-tendent ces programmes de lutte contre la corruption.</p>
<p>D’une part, la mauvaise gouvernance de l’État et la misère du peuple sont, de l’avis des putschistes, étroitement liées à la corruption. En prenant le cas du Burkina-Faso, il ressort que les programmes de lutte contre la corruption y font recette depuis des décennies sans impact majeur sur le phénomène. Mais, l’aspect qui préoccupe les autorités de la transition actuelle réside dans la prise de conscience du fait que la corruption affecte non seulement les activités civiles, mais également celles de l’armée, entraînant des conséquences graves sur le plan de la sécurité nationale. De cette relation consubstantielle, les autorités de transition ont pu noter que la mission qu’elles se sont assigné d’assainir la gouvernance de l’État et de ramener la paix ne peut se réaliser si le mal de la corruption n’est pas déraciné. À la veille du coup d’État, le Rapport annuel 2021 du Réseau National de Lutte Anti-Corruption révèle que les six années de Roch Marc Christian KABORE à la tête de l’État ont été particulièrement marquées par la mauvaise gouvernance, bafouant ainsi les fortes aspirations du peuple burkinabè à un changement qualitatif après l’insurrection populaire d’octobre 2014<a href="#_edn2" name="_ednref2">[ii]</a>. C’est en ce sens qu’il faut comprendre les déclarations du président de la transition qui promit de s’attaquer à la corruption à sa prise de fonction le 30 septembre 2022. Dans un discours du 10 décembre 2022, veille de l’anniversaire de l’indépendance du Burkina Faso, il a rappelé que la guerre contre le terrorisme se mène avec les armes mais aussi sur le plan économique. Or, l’arme économique semble fragilisée par la corruption, celle-ci ayant un impact sur l’efficacité des forces armées sur le terrain de la sécurité et de la lutte contre le terrorisme.</p>
<p>Au Niger, l’on assiste à un scénario identique, car l’élite politique et administrative de ce pays est engluée dans les pratiques de corruption depuis des années, contribuant ainsi à affaiblir les capacités d’intervention des forces armées face aux djihadistes et empêchant la mise en œuvre des politiques de développement pour le bien-être de la population. Le phénomène se caractérise aussi dans ce pays par l’implication des hauts gradés de l’armée. Il est donné de noter que même si les généraux putschistes ont justifié leur prise de pouvoir par des motifs divers parmi lesquels la corruption, ce sont ces mêmes généraux putschistes qui exerçaient de hautes responsabilités au sein de l’armée, laquelle fut touchée en 2020 par un scandale de corruption et de détournements de fonds<a href="#_edn3" name="_ednref3">[iii]</a>. Il est donc difficile d’espérer une rupture par rapport au régime renversé par le coup d’État si des mesures drastiques ne sont pas prises pour éradiquer la corruption. De l’expérience vécue par ces deux pays, il ne fait aucun doute que la lutte contre la corruption constitue un préalable sans lequel les ambitions de la transition demeureront des vœux pieux.</p>
<p>D’autre part, l’amplification de la corruption paraît justifiée par l’inefficacité des institutions en charge de la lutte contre ce phénomène dans les deux États témoins. Pour preuve, ces États se sont dotés d’une multitude d’organes qui auraient pu mettre un terme à ce fléau. Au Niger, pour ne citer que des organes spécialisés en la matière, les régimes d’ISSOUFOU et de BAZOUM avaient mis en place la Cellule nationale de Traitement des Informations financières (CENTIF), la Cour des comptes, le Pôle économique et financier, la Haute Autorité de la lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA), l’Autorité de régulation de la Commande publique (ARCOP), l’inspection d’État, l’Inspection des Finances, la déclaration des biens par les plus hautes autorités du pays. Au Burkina-Faso, il existait aussi des institutions équivalentes, y compris l’Autorité supérieure de Contrôle d’État et de Lutte contre la Corruption (ASCE-LC). Dans les deux États, le bilan de ces institutions a été marqué par un immense échec conduisant à de nouvelles crises politiques. Il a été reproché aux autorités à la tête de ces États un manque d’exemplarité doublée d’une absence de volonté politique. En effet, les organes compétents ne sont dotés ni de l’autonomie, ni des ressources nécessaires à leurs fonctions. Dans les rangs des putschistes nigériens figurent de nombreux acteurs ayant participé à certains scandales de corruption. En février 2020, un audit du ministère de la Défense a mis en lumière une vaste entreprise de détournements de fonds et de corruption, entre 2014 et 2019, au sein de l’armée nigérienne. Ayant constaté qu’une grande partie du matériel militaire fourni par des entreprises étrangères, notamment russes, était surfacturé ou non livré, deux anciens ministres de la Défense et deux hommes d’affaires ont été mis en cause dans cette affaire, ainsi qu’un général. Contre toute attente, le nom des généraux putschistes n&rsquo;est pas apparu dans le rapport audit, leur assurant une totale impunité.</p>
<p>Face à ce règne de l’impunité y compris au sommet de l’État et dans les rangs des forces armées, l’approche de lutte contre la corruption par les organes de la transition est-elle pertinente ?</p>
<p><strong>2- L’approche de lutte contre la corruption au Niger et au Burkina-Faso est-elle pertinente au regard du contexte ?</strong></p>
<p><strong> </strong>Il apparaît une certaine continuité dans l’approche de lutte contre la corruption telle qu’initiée par les organes de la transition au Niger et au Burkina-Faso. Cette approche se caractérise par la propension des organes de la transition à faire table rase des efforts déjà consentis sur le plan institutionnel par leurs prédécesseurs. En particulier, l’on observe une tendance à substituer de nouvelles institutions en charge de la lutte contre la corruption aux anciennes, et, un attachement à un style de discours sensationnel au détriment d’un pragmatisme institutionnel.</p>
<p>S’agissant de la substitution de nouvelles institutions de lutte contre la corruption, l’on peut noter qu’il s’agit d’une pratique courante dans les gouvernements de transition. Au Niger, le Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) a créé la Commission de lutte contre la délinquance économique, financière et fiscale (COLDEFF), afin de remplacer la Haute Autorité de la lutte contre la corruption et les infractions assimilées (HALCIA). Pourtant, il s’agit d’un simple changement de dénomination, dans la mesure où les attributions des deux institutions demeurent identiques. Tout au plus, s’agit-il d’un mécanisme d’appropriation d’une institution qui existait déjà sous une appellation distincte. Toutefois, l’on se demande en quoi la nouvelle institution peut-elle réussir là où l’ancienne a échoué. À voir de près, l’approche de substitution de nouvelles institutions aux anciennes n’est pas pertinente, car l’expérience du Niger laisse observer des inefficiences qui traduisent cette inefficacité. Pour preuve, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) a dû suspendre le bureau de la COLDEFF le 25 janvier 2025 en raison des résultats mitigés de leurs activités. En effet, durant ses 18 mois de gestion, plusieurs scandales annoncés sont restés impunis :  le scandale sur l’or qui a transité par l’aéroport international Diori Hamani avant de se retrouver à Addis-Abeba, l’affaire de la société ZIMAR, la commande de 3,8 milliards de francs CFA de fournitures scolaires par le Ministère de l’Éducation nationale, des contrats de la Société Nigérienne de Pétrole (SONIDEP) dénoncés, le recrutement jugé suspect d’agents à la Caisse Autonome des Retraites du Niger (CARENI)<a href="#_edn4" name="_ednref4">[iv]</a>. Même si l’actuelle transition burkinabè n’a pas cru devoir changer les institutions de lutte contre la corruption antérieures à leur mise en place, leurs prédécesseurs l’avaient fait depuis 2015. Il est intéressant de noter que le maintien des organismes compétents en la matière permet d’assurer leur continuité d’action tout en leur demandant une certaine fermeté dans le cadre de leurs activités. La tendance qui consiste à créer de nouveaux organismes prend souvent les allures d’une « <em>chasse aux sorcières</em> », car il s’agit de faire poursuivre les anciens gestionnaires par les partisans du nouveau régime avec un risque accru de partialité. Or, en mettant les anciennes institutions devant leurs responsabilités et donnant l’impulsion ainsi que les moyens qui leur sont nécessaires, il y a plus de chances de parvenir à des résultats satisfaisants.</p>
<p>Par rapport à la propension de privilégier l’approche sensationnelle au pragmatisme des institutions existantes, il ressort des expériences des deux États que les autorités de transition se montrent démesurément ambitieux dans leurs discours avant d’avoir élaboré une stratégie adéquate de lutte contre la corruption. Dès ses premiers discours en novembre 2022, le président de la transition a placé la lutte contre la corruption au centre de ses priorités. Bien que teintés de bonnes intentions, la répétition de ces discours crée des attentes immédiates dans l’esprit des populations. Dès son arrivée au pouvoir, il avait activé l’Autorité supérieure de contrôle d’État et de lutte contre la corruption (ASCE-LC), en lui donnant l’ordre d’auditer la gestion d’une centaine de structures de l’administration publique y compris l’armée. Davantage, il avait demandé, dans une correspondance au ministre d’État, ministre de la Défense nationale, à prendre toutes « <em>les dispositions nécessaires</em> » pour un bon déroulement des audits de l’ASEC-LC. Dans cette configuration, le peuple s’apprête à voir les têtes tomber et attend un certain héroïsme de la part des institutions compétentes. Pourtant, il faut rester prudent et tenir compte de ce que la réalité sociale est souvent complexe et amène à faire des compromis stratégiques.</p>
<p>Au Niger, lors de son message à la Nation du 18 décembre 2023, le général Abdourahamane TIANI s’est montré ferme sur la question de la corruption en ces termes : « <em>Nous avons fait le serment de remettre l’État dans ses droits ; pas de répit ni de pitié pour ceux qui ont spolié les biens de l’État</em> ». De tels discours ont rencontré une très forte adhésion du peuple nigérien, si bien que la nouvelle institution était alors perçue comme une arme impitoyable et infaillible de justice, voire de représailles, contre de nombreuses personnes citées dans plusieurs scandales de détournements massifs des deniers publics et jamais inquiétées. Or, après un peu plus d’un an d’exercice, les résultats enregistrés par la COLDEFF demeurent mitigés, car le bilan annuel des recouvrements annoncé en date du 1<sup>er</sup> décembre 2024 s’élève à 57.150.983.691 FCFA, montant dérisoire comparé aux scandales de corruption qui ont spolié l’État d’une bonne partie de ses richesses avant et pendant cette période.</p>
<p>Au demeurant, dans la stratégie institutionnelle et communicationnelle, les organes de la transition au Niger et au Burkina-Faso se sont donné des approches mitigées de lutte contre la corruption. Celles-ci peuvent impacter l’avenir du processus de transition négativement.</p>
<p><strong>3- Quelle incidence sur l’avenir du processus de transition ?</strong></p>
<p><strong> </strong>De façon idéale, les programmes de lutte contre la corruption initiés par les organes de la transition au Niger et au Burkina-Faso visent à éradiquer l’une des principales causes de la crise politique dans ces États. Si ces programmes sont conduits efficacement, la transition aura atteint les objectifs qu’elle s’est officiellement assignée. Or, au regard des difficultés relevées, elle peut produire deux effets négatifs.</p>
<p>D’une part, le gouvernement de transition risque de se retrouver dans un cercle vicieux, celui d’une survenance de nouvelles crises politiques. En effet, l’échec de la politique de lutte contre la corruption se traduit par le <em>statu quo</em>, ce qui signifie que ce fléau finira au bout d’un certain temps à produire les mêmes effets. Dès lors que le peuple sera convaincu du fait que rien n’a changé dans la gestion de la chose publique et leurs conditions de vie, il retournera sur le chemin de la révolution ou de la rébellion. Au Burkina-Faso, cette hypothèse s’est déjà réalisée lorsque le Capitaine Ibrahim TRAORE a renversé le Colonel Paul-Henri SANDAOGO DAMIBA.</p>
<p>D’autre part, le bilan de la transition en matière de lutte contre la corruption peut déboucher sur une crise de confiance avec le peuple. En s’appuyant sur le cas du Niger, il est apparu que la foudre tant attendue des institutions mises en place par la transition tarde encore à s’abattre sur les ‘’grosses proies’’ que le peuple espère voir, en plus de rendre gorge pour remettre l’État dans ses droits, placées sous les verrous. Pourtant, c’est à cette condition qu’il est possible de les convaincre de ce que le combat contre le règne de l’impunité est réellement engagé au Niger. Cependant, l’emprisonnement des ‘’gros poissons’’ ne semble pas être au centre des priorités de la COLDEFF, dont la mission principale, telle que définie à l’article 2 de l’Ordonnance n°2023-09 du 13 septembre 2023 accorde plus de place au recouvrement des avoirs dus à l’État et ses démembrements. Cette situation entraîne une crise de confiance qui peut déteindre sur l’avenir de la transition.</p>
<p>Au final, les politiques de lutte contre la corruption, engagées par les organes de la transition au Niger et au Burkina-Faso, constituent le passage obligé pour remettre ces États sur le chemin de la paix et de la prospérité. Seulement, ces politiques doivent être élaborées et mises en œuvre sans précipitation, loin du sensationnel et à l’abri de toute pression d’originalité.<a href="#_ednref1" name="_edn1"></a></p>
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