Faut-il s’étonner de la victoire écrasante du Général Mamadi DOUMBOUYA à l’élection présidentielle du 28 décembre 2025 en République de Guinée ? Pareil sentiment semble inapproprié, tant le contexte politique en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale reste marqué par la reconversion presque systématique des autorités de transition en autorités démocratiquement élues au sommet de l’État. De fait, ce mécanisme d’accès au pouvoir politique a été récemment expérimenté avec succès au Tchad par le Général Mahamat Idriss DEBY ITNO à travers l’élection présidentielle du 06 mai 2024 et, au Gabon, par le Général Brice Clotaire OLIGUI NGUEMA lors de l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Ce « savoir-faire » des Généraux a naturellement inspiré les autorités de transition en Guinée et pourrait séduire celles du Niger, du Mali et du Burkina-Faso.
Comment rester insensible devant ces « success stories » caractéristiques de certaines transitions politiques en Afrique francophone ? Ce serait faire preuve d’amnésie intellectuelle, car il faut se garder à l’esprit que ces États se sont solennellement ralliés à la cause de la démocratie libérale depuis les transitions politiques de la décennie 1990. Au fond, ni le Gabon et le Tchad, ni la Guinée n’ont renié les fondements démocratiques de l’État pendant les transitions politiques récentes. Mais, à force de revivre ces mutations politiques contre-nature, le risque que l’on cesse de les questionner paraît de plus en plus élevé. Albert EINSTEIN nous prévient pourtant contre cette paresse intellectuelle lorsqu’il déclare : « celui qui ne peut plus éprouver ni étonnement ni surprise est pour ainsi dire mort : ses yeux sont éteints »[1].