Il est de la nature des réformes d’être controversées ! Et donc d’être appelées à un examen de leur pertinence. La réforme de la nationalité en République gabonaise n’a pas dérogé à ce constat. Initialement annoncée par le Président Brice OLIGUI NGUEMA dans son discours à l’occasion de son investiture comme président de Transition[i], le projet devait être entériné à l’occasion du Conseil des Ministres du 12 août 2025 avant de connaître son aboutissement à travers l’Ordonnance du 24 mars 2026[ii]. Mais il faut tout de même relever que la réforme plonge ses origines lointaines dans la polémique ayant alimenté les origines de l’ancien Président Ali BONGO. L’on estime que ce dernier, descendant d’Omar BONGO, est d’origine nigériane ; il aurait donc été adopté par le feu Président BONGO. Ce qui disqualifiait d’ailleurs d’office sa candidature à la présidence de la République en conformité avec l’article 10 de la Constitution alors en vigueur qui disposait que « toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la présidence de la République ». Par ailleurs, son passage, du reste estimé ‘‘désastreux’’, à la tête du Gabon serait donc dû à son déficit de patriotisme lié à sa nationalité nigériane[iii] ou biafraise. Cette polémique fournit donc un puissant prétexte à la réforme. Comme toute réforme, cette dernière va susciter de nombreuses controverses. Pendant que certains la célèbrent, d’autres formulent à l’endroit du texte des critiques tendant à lui nier toute opportunité.
Les tenants du discours officiel par exemple, justifient la réforme par la quête de sécurité de la souveraineté et des intérêts nationaux, dit-on, dans cette veine, « le pouvoir en place, dirigé par le Comité pour la transition et la restauration des institutions (CTRI), justifie cette réforme par la nécessité de protéger le Gabon, notamment en matière de défense et d’institutions ». Par ailleurs, la réforme est soutenue comme instrument de renforcement de la « priorité nationale » économique et une opportunité de modernisation de la législation régissant la nationalité en l’occurrence, la loi n°37/98 désormais jugée obsolète face aux nouveaux enjeux géopolitiques et sécuritaires. Y prend également place, l’ambition d’assurer la protection contre la déstabilisation à travers les dispositions sur la déchéance de la nationalité pour des Gabonais engagés dans des armées étrangères ou menant des actions subversives contre l’État[iv].